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  La préparation mécanique
 

La préparation mécanique

 

1. En théorie

    Les techniques mécaniques sont les techniques classiques de dégagement, qui nécessite des outils souvent simples et accessibles. Les outils les plus utilisés sont utilisés pour le bricolage : marteau, burin, petite pioche, perceuse, pointe cémentée, grattoir, ainsi que graveur (pneumatique ou électrique), brosse/brosse-à-dent, mais aussi des outils de laboratoire ou de chirurgie dentaire (scalpel, outil à gratter, outil à piquer, outil micromécanique, fouloir, …) qui ont l'avantage d'être facilement maniables et surtout très précis.
    Ce sont les outils utilisés pour des dégagements nécessitant une précision importante sur des fossiles fragiles.


    Les brosses sont indispensables : elles enlèvent facilement la poussière superficielle sans abimer le fossile. En général le dégagement se fait au-dessus d'un tamiseur qui permet de retenir les gros morceaux de roches dégagées, qui peuvent contenir des petits fossiles fragiles; car il faut garder à l'esprit que, dans un bloc fossilifère où il semble y avoir qu'un seul fossile, il peut y en avoir plusieurs autres plus petits (dans une roche contenant à première vue un echinoderme, il est vrai qu'on trouve souvent de petits brachiopodes dans la gangue autour de l'oursin par exemple). Enfin, avoir à disposition un grand bac d'eau pour y mouiller son bloc peut permettre de faciliter le dégagement avec ce genre d'outils de précision.

    Les techniques mécaniques peuvent également nécessiter des machines et outils conséquents. Les scies aimantées, fraiseuses, sont utilisées pour certaines occasions précises, par exemple quand la roche représente une couche énorme sur des fossiles résistants.

    Les outils de précision comme le grattoir ou le burin permettent une action contrôlée, précise et minutieuse. Ils ont l'avantage d'être accessibles à tous et de représenter un risque potentiel de danger faible pour le fossile et la personne qui le dégage. Les outils d'envergure, eux, sont souvent chers et compliqués. Ils demandent de l'espace, de la technique, et fragilisent plus aisément le bloc et, avec lui, le fossile tout entier.

    Maintenant que la liste des principaux outils est dressée, il faut se demander si la technique mécanique est adaptée, et si oui quels outils utiliser.

    La technique mécanique marche quasiment tout le temps. Tant que le bloc semble un minimum solide, on peut y appliquer des actions de petits outils précis sur la roche; mais cela peut être inutile si le bloc à dégager est conséquent. Dans ce cas et si les moyens le permettent, on peut envisager pour de gros blocs un dégagement avec des outils et machines plus gros.
    Pour évaluer la solidité d'un bloc, à part en effectuant des tests d'étirement, de friction, … et constater sous quelle force celui-ci craque (ainsi inapplicable au fossile à tous les niveaux), on peut la connaître en connaissant la roche qui entoure le fossile, et par l'aspect extérieur du bloc. S'il présente des failles, il faut se montrer particulièrement vigilant et attentif, et préférer absolument les actions anthropiques contrôlées.

    Donc, sur un énorme bloc, on peut commencer par retirer de gros morceaux de roches à la scie diamantée ou à la pioche en faisant bien attention à ne pas trop ébranler le fossile. Le mieux est encore de demander l'aide et l'avis d'un spécialiste : de telles méthodes lourdes et dangereuses ne s'improvisent pas, ne s'appliquent que l'on est sûr de la solidité du roc et demandent une attention particulière. Une fois que le fossile devient visible ou qu'on y approche, il faut cesser immédiatement ces méthodes d'envergure.

    Maintenant que la couche de roche est plus abordable, ou si elle l'était déjà au départ et que l'utilisation de telles machines aurait été inutile, on peut travailler au burin. Il faut savoir, pour frapper une roche avec cet outil, le positionner de façon à avoir un angle de 30° environ entre l'outil et la surface à attaquer, et surtout pas perpendiculairement ! Il faut frapper par coups légers et contrôlés, sans vouloir se dépêcher au risque d'abimer la surface du fossile enseveli juste en-dessous. Il ne faut pas oublier non plus de disposer un bac de récupération en-dessous du bloc, afin de peut-être récupérer de petits fossiles cachés dans la roche cassée (un tamiseur est parfait pour cela), avec un peu d'eau pour que ces éventuels fossiles ne se cassent pas en mille morceaux en tombant dans le bac. Quand le fossile devient clairement visible, le burin est à délaisser de préférence. Il faut désormais y aller tout doucement, avec de petits outils de précision qui représenteront un risque négligeable pour le fossile (petit outil à gratter ou scalpel), et effriter la fine couche restante, lentement, méticuleusement. La patience et l'habilité sont des qualités nécessaires pour cette technique de dégagement.
    On peut mouiller le fossile de temps en temps, pour enlever la poussière de roche superficielle ou rendre la roche plus facile à effriter. Là entre en action les brosses. Elles dégagent la poussière et roche superficielles en douceur et facilitent le travail. Il ne faut pas hésiter à s'en servir à ce moment-là, même une simple brosse à dent ou un gros pinceau fait l'affaire. Une fois que la gangue est pratiquement et définitivement éliminée, il faut redoubler de vigilance : le travail de finition est celui qui en général cause le plus de dommage sur le fossile. Encore une fois, un rien peut fissurer et casser les fossiles les plus fragiles. Il faut s'appliquer à gratter doucement les rainures et bord du fossile, en observant et évitant les parties les plus fragiles. Des fois, il se peut que la roche semble tellement faire partie intégrante du fossile qu'il serait risqué de l'enlever. Dans ce cas, il faut se résigner à laisser cette roche superficielle sur le fossile.

    Cette technique de dégagement et notamment ses étapes, sont à adapter en fonction de chaque situation, de chaque bloc et de chaque fossile traité.

2. En pratique sur un fossile

    Notre fossile était au départ entouré d'une gangue rocheuse assez épaisse, mais qui ne nécessitait vraiment pas des outils lourds. De plus, sa roche était facile à effriter. On pouvait donc commencer directement par un travail au burin. Nous avons tout-de-même préféré un dégagement minutieux au scalpel, pour assurer un résultat final de qualité et parce que l'on disposait du temps nécessaire pour le faire.


    Comme le montre l'image, le scalpel doit venir ''peigner'' la roche, la gratter latéralement sans pointer le bout sur le fossile (sinon, un mouvement de bras imprévu pourrait faire pénétrer le scalpel dans l'os du fossile et le casser). On peut s'aider d'une brosse ou d'un pinceau pour épousseter et ainsi faciliter le travail. Certaines parties du fossile étaient recouvertes de plus de roche que d'autres, on a donc dégagé la roche de ces parties-ci au graveur pneumatique. Le graveur est très pratique pour enlever la roche là où l'on sait qu'il n'y a pas de fossile immédiatement en-dessous, et fatigue bien moins que le travail au scalpel : c'est un gain de temps considérable. 


    On voit clairement les marques sur la roche du graveur sur la photo, témoignant de la précision de l'outil.
    Le travail mécanique s'est achevée lorsque le maximum de roche superficielle a été enlevée sans risque pour le fossile. Malgré tout, pour les finitions, le travail mécanique est utile, on y reviendra par la suite.

    En terme de temps, le dégagement mécanique a duré environ un peu plus de 5 heures, réparties sur plusieurs jours.

    Cette photo montre le fossile peu de temps avant le dégagement chimique. La roche restante est faible, la forme du fossile se profile : on a choisi le dégagement chimique afin de dégager sans risque la roche qui reste.



    3. Conclusion

    Le dégagement mécanique est quasiment obligatoire, étant donné qu'il est rare de trouver un fossile sans roche quelconque autour et dans un état de conservation irréprochable ne nécessitant aucun soin. Il faut bien garder à l'esprit que la patience et la minutie sont les clés de la réussite de cette technique. Enfin, il n'est pas obligatoire d'utiliser de technique chimique. Il est tout à fait concevable de faire tout le dégagement d'un fossile aux outils sans l'abimer la plupart du temps.


 
 
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